L’analyse pollinique du miel

Appelée analyse mellisopalynologique, cet examen se base sur les grains de pollens retrouvés dans le miel. Elle n’indique pas la composition précise du miel : la liste des fleurs butinées. Elle donne plutôt une indication de l'origine botanique du miel, l’environnement végétal des ruches et l'origine géographique d'un miel.

La difficulté de l'interprétation des résultats.

Sans se préoccuper ici des méthodes d'analyse, les difficultés viennent avec l'analyse des résultats.

Tout d'abord, il peut y avoir une grande variabilité du nombre de grains de pollen retrouvé dans le miel en fonction du type de miel et du type d'extraction (par centrifugation ou par pressage).

Sans oublier que le pollen retrouvé dans le miel peut provenir des fleurs butinées donc responsables de la miellée mais aussi de fleurs qui n'ont rien à voir.

En effet, le pollen présent dans le miel peut être issu :

- du butinage. Dans ce cas le pollen est un marqueur de l'origine botanique du miel.

- de l'atmosphère de la ruche depuis la transformation du miel dans la ruche à l'operculation. Ici ce sera du pollen des pattes ou du pollen stocké.

- des cellules voisines des cellules de miel. Ce pollen est mélangé au miel au moment de l'extraction.

 

Ceci explique la présence de pollen d'espèces uniquement pollinifères dans le spectre pollinique d'un miel et permet de distinguer un miel de nectar d'un miel de miellat. Ce dernier est plus riche en espèces uniquement pollinifères et contient aussi des algues, des spores et des champignons microscopiques récupérés au moment de la collecte par l'abeille.

L'analyse pollinique ou melissopalynologie nécessite une base de données de pollens de références riches de dizaines de milliers de données. Parce qu'un miel polyfloral peut contenir jusqu'à une centaine de pollens différents. Cette analyse prend en compte la quantité totale de pollen pour un échantillon de 10g de miel et aussi le « type de représentation » pollinique qui dépend de la fréquence relative du pollen dominant par rapport à la quantité totale de grains de pollen de l'échantillon.

 

Le type de représentation pollinique a été mis en évidence à partir de miels monofloraux d'origine botanique connue comme le châtaignier, l'acacia, la lavande, les agrumes… Effectivement, selon les espèces nectarifères, il y a une variation de la proportion en pollen de l'espèce dominante retrouvé dans le miel. Ce qui détermine plusieurs types :

            Les pollens de types « sur-représentés » dont les miels monofloraux montrent une fréquence relative de l'espère dominante supérieure à 80 % voire 90 %. C'est le cas du châtaignier et de l'eucalyptus.

            Les pollens de type « normal » dont les miels sont considérés comme monofloraux pour une fréquence relative de l'espèce nectarifère dominante supérieure à 45 %. Prenons l'exemple de la bruyère ou de la ronce.

            Les pollen de type « sous-représentés ». Dans cette catégorie, les miels sont considérés comme monofloraux alors qu'ils présentent une fréquence relative du pollen de l'espèce nectarifère considérée d'environ 10 à 30 %, mais pouvant être inférieure à 5 %. Exemple de l'arbousier, des agrumes, du pissenlit, du tilleul.

Ces différents types sont directement liés à la morphologie de la plante et à la physiologie de l'abeille, ainsi qu'à la taille du grain de pollen.

Les paradoxes de l'analyse pollinique.

On peut donc trouver dans le miel du pollen de plantes non nectarifères tels que le coquelicot, le chêne ou la ciste.

On peut retrouver du pollen de chêne (non nectarifère) dans le miel de colza puisqu'ils fleurissent en même temps.

Le miel de miellat de chêne produit en été, souvent, ne contient pas de pollen de chêne puisqu'il fleurit au printemps.

Le miellat peut contenir du pollen d'autres essences transportées par le vent et capturées dans le miellat.

Le miel de lavande contient 95 % de pollen de lavandin (espèce qui ne produit pas de pollen car stérile) et quasiment pas de pollen de lavande.

 

La melissopalynologie est une technique intéressante pour caractériser l'environnement végétal des ruches. Si cela présente peu d'intérêt pour les apiculteurs amateurs et les producteurs locaux, elle peut s'avérer intéressante pour identifier l'origine parfois obscure de certains miels, ainsi que pour la spécification des miels locaux.

Sources :

Yin Yang, « Qualification des miels de Corse par une approche multifactorielle : diversité pollinique et variabilité chimique », thèse de doctorat en chimie, sous la direction de Jean Costa, Professeur et Julien Paolini, Dr-HDR, Université de Corse Pascal Paoli, 2014, 197 p.

Olivier Billard, Compte-rendu de conférence de Paul Schweitzer, 20e Congrès national de l'apiculture française, Colmar, 2014.