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Les rencontres d’Apiculteurs 2025 – Conférence de Bernard Nicollet

Le 11 octobre dernier, vous étiez une centaine à assister à la conférence de Bernard Nicollet dans le cadre des Rencontres d’Apiculteurs, organisées tous les ans par l’UNAPLA à l’automne.

Apiculteur, formateur et éleveur professionnel, il est également l’auteur de plusieurs ouvrages. Fervent défenseur de l’Abeille noire, il prône une apiculture qu’il appelle “naturelle”, plus proche du besoin de l’abeille. Avec nous, il est revenu sur ses 25 ans de pratique apicole, en évoquant ses erreurs et ses constats. La conférence s’est articulée autour de 3 points : l’abeille endémique et le climat, l’apiculture “naturelle” et le prix du miel.

Voici un résumé de ce qui a été dit durant cette conférence et les temps d’échanges. Notez que l’exploitation de Bernard Nicollet est à des fins d’élevage et non de production, et qu’elle est située dans la Loire, département montagneux. La flore et le climat peuvent différer de ce que nous connaissons en Loire-Atlantique.

1. L’abeille endémique et le climat

Les abeilles souffrent des changements climatiques mais certaines y résistent ou s’adaptent mieux. C’est le cas de l’abeille noire, abeille endémique d’Europe occidentale. Son aire de répartition est très large : de l’ouest de l’Oural à la Scandinavie et jusqu’à la péninsule ibérique. On la trouve donc dans des régions dont les climats diffèrent fortement.

Si elle fait aujourd’hui l’objet de programmes de conservation, elle traîne une mauvaise réputation, alors exacerbée quand Bernard Nicollet s’est lancé dans l’aventure apicole. On la disait agressive, peu productrice et sensible aux maladies de couvain. La “faute” à la Buckfast, une hybride sélectionnée pour sa productivité et sa douceur, qui a très largement été adoptée par le monde apicole, au point de rejeter l’abeille noire.

Travaillant avec des colonies d’abeilles noires et de Buckfasts les premières années, Bernard Nicollet a comparé les comportements des deux races. Suite à ces observations, il ne travaille aujourd’hui qu’avec l’abeille noire.

Hiver

Hivers plus doux qu’avant. Le pollen du noisetier est mieux préservé donc récolté par les abeilles mais pas ou peu de rentrée de nectar à cette période.

Abeille noire

Elle sort à partir de 7 / 8 °C.

Reprise douce de l’activité dans la ruche. La reine adapte sa ponte à la rentrée de nourriture. La colonie grossit peu. Moins de risque de famine donc pas de nourrissement. Pas d’essaimage. 

  • Meilleure gestion des ressources
  • Meilleure gestion de la ponte selon les ressources

Buckfast

Elle sort à partir de 13° C environ.

Reprise rapide et exponentielle de la ponte de la reine. Risque de famine si le climat change (pluie) donc nourrissement, risque d’essaimage trop tôt dans la saison (mi-mars), vol de fécondation des nouvelles reines voué à l’échec car il n’y a pas de mâles à cette période. 

  • Gros risque de perte des colonies si pas de nourrissement

Été

Fortes chaleurs : pas de miellée du châtaignier et de la ronce. Les abeilles ne rentrent que du pollen.

Abeille noire

Elle résiste car elle butine dans les autres fleurs de la forêt. Pas assez de miel pour la production mais suffisamment pour la survie de la colonie.

  • Pas besoin de nourrir

Buckfast

Famine. Elle ne s’adapte pas pour aller butiner les autres fleurs de la forêt. 

  • Nourrissement indispensable pour la survie des colonies

Automne

Les floraisons sont décalées plus tôt dans l’année donc pénurie fin août, suivie des miellées tardives (lierre).

Abeille noire

Les réserves de miels sont décalées en périphérie pour faire de la place au centre pour la ponte hivernale.

Buckfast

Elle stocke au maximum et ne laisse pas assez de place pour la ponte hivernale. La colonie peut donc mourir faute d’abeilles d’hiver alors qu’elle a des ressources pour passer la mauvaise saison.

2. L’apiculture “naturelle”

Les observations de Bernard Nicollet l’ont aussi conduit à questionner les pratiques apicoles. Il a constaté que l’intervention de l’apiculteur pouvait très rapidement être délétère pour les abeilles et doit donc être mieux réfléchie en amont de l’ouverture des ruches.

Selon lui, l’abeille noire se prête très bien à une apiculture plus naturelle car elle demande moins de travail à l’apiculteur que la Buckfast (si on ne pratique pas l’élevage) : 

  • Elle n’a pas ou peu besoin d’être nourrie. Il l’appelle « abeille de la biodiversité » car elle butine une très grande diversité de fleurs sauvages. 
  • Elle nécessiterait moins de traitements, notamment contre le varroa, dont elle pourrait parfois se débarrasser toute seule. 

La mise en pratique de l’apiculture “naturelle” se repose sur trois points essentiels :

  • limiter au maximum le temps d’ouverture des ruches ;
  • arrêter de vouloir à tout prix aérer la ruche ;
  • limiter les traitements.

Limiter au maximum le temps d’ouverture des ruches :

On ne doit pas dépasser 5 min d’ouverture. La température d’une ruche est à 36 / 36,5 °C avec une hygrométrie précise. Chaque ouverture est donc un choc thermique qui met en péril le développement du couvain, d’autant plus lorsqu’on tient les cadres en l’air. C’est la porte ouverte aux maladies du couvain et le temps que les abeilles nettoient tout, la pourriture des larves mortes peut aussi être vecteur de maladies pour les adultes.

Il faut donc être rapide, aller à l’essentiel et surtout observer la planche d’envol avant l’ouverture. Ce temps d’observation permettra non seulement de limiter le temps d’ouverture mais parfois aussi de ne pas ouvrir du tout car on apprend en observant (rentrée de pollen, maladies parfois visibles de l’extérieur). On cible ainsi ce qu’on va chercher en ouvrant au lieu de regarder chacun des cadres pour se faire une idée. 

Arrêter “d’aérer” la ruche avec des planchers grillagés :

Ces planchers ont été inventés pour favoriser la lutte anti-varroa mais ils sont devenus un système d’aération dont les abeilles n’ont nullement besoin. En été, cette aération laisse rentrer l’air chaud alors que les abeilles ventileuses s’activent à le faire sortir. Il y a donc besoin de plus de ventileuses et les abeilles qui ne ventilent pas sortent sous la ruche pour les laisser travailler. L’activité de la ruche est donc fortement ralentie.

La condensation formée en hiver par la chaleur à l’intérieur de la ruche s’évacue tout simplement en calant la ruche à l’arrière afin de créer une pente douce vers l’avant de la ruche.

Limiter les traitements :

Attention, c’est parfois possible avec l’abeille noire mais pas avec la Buckfast.

Bernard Nicollet a constaté que certaines colonies d’abeilles noires arrivent parfois à se débarrasser elle-même du varroa mais il faut faire un suivi au cas par cas en renouvelant les comptages de varroas sur langes afin de voir si l’infestation est stable ou s’emballe. Si elle est basse et stable, il ne sera pas forcément nécessaire de traiter, cela montre que la colonie arrive à canaliser l’infestation. Pour les colonies de Buckfast, le traitement est indispensable car elle n’arrive pas à s’en débarrasser.

Cette apiculture “naturelle” est une approche qui correspond mieux à l’apiculture de loisirs. Malheureusement, la pratique amateure est plus souvent calée sur l’apiculture professionnelle alors qu’elles n’ont pas les mêmes objectifs.

L’apiculture de loisir n’a pas d’objectif de rentabilité et est d’avantage tournée vers le plaisir de travailler avec les abeilles. Pour cette raison, selon Bernard Nicollet, la pérennité de l’apiculture dépend des amateurs car leurs pratiques doivent aller dans le sens des abeilles et non de la production.

3. Le prix du miel

Selon Bernard Nicollet, la France est l’un des pays d’Europe où le prix du miel est le plus bas.

Le miel de fleurs est vendu à environ 18 € le kilo, quand nos voisins le vendent parfois à plus de 30 € le kilo. De plus, ce prix a très peu évolué dans les 20 dernières années, malgré l’inflation.

Et cela pose un problème car bien que ce ne soit pas l’objectif d’un apiculteur amateur de faire du bénéfice, les prix pratiqués sont si bas qu’ils ne couvrent même pas les dépenses liées à l’activité.

Pour définir leur prix de vente, les apiculteurs de loisir ont tendance à comparer avec les prix des supermarchés, qui sont négociés très bas par les grossistes. Il y a donc une forte dévalorisation du prix du miel et du travail de l’apiculteur.

Plutôt que de comparer avec les supermarchés ou les apiculteurs voisins, il faudrait tout simplement calculer les frais liés à sa propre activité apicole et aligner son prix de vente pour au moins arriver à l’équilibre à la fin de l’année.

Un grand merci à Bernard Nicollet d’être venu échanger avec nous et à tous ceux qui sont venus assister à cette conférence !